Retour de voyage

Retour de voyage

Le billet que j’avais publié il y a quelques mois relatait les biais possibles lors d’un voyage, plus ou moins marqués selon l’image que l’on a du pays hôte avant d’y arriver, et de leur influence sur la pratique photographique. Poursuivre ses projets ou séries était de mon point de vue la chose théoriquement la plus raisonnable, mais est-ce aussi facile concrètement ?
Je vous passe bien sûr les contraintes liées au temps, au climat, ou encore à la façon dont vous êtes perçu sur place, je vais ici vous rapporter le ressenti d’un voyage de trois semaines au Japon sur ma pratique photographique et les deux séries que je fais actuellement.

Arrivée

A l’arrivée, comme prévu, tout est différent, tout pourrait donner envie d’être pris en photo, mais une petite expérience aidant, on arrive au bout de quelques heures à ne plus être visuellement pollué.
Ma première série consiste en des portraits de rue, série que je nomme “expressions” puisque je capture des visages de passants, les coupant un peu du contexte et du lieu. La seconde des photographies de commerces fermés, de face. Cela ne remonte pas à hier, au lycée j’avais fait un exposé photographique sur les bars du quartier qui fermaient. Je trouve une histoire en ces lieux, quelqu’un a dû avoir ce projet pour sa vie, puis a engagé des gens qui ont vécu et travaillé là; tout ce que l’on peut encore voir ce sont les choix que le propriétaire à fait il y a quelques années.

Planche contact, magasins fermés

L’animation perpétuelle des plus grandes villes du Japon permet de pratiquer à peu près n’importe où, mon premier souci a été qu’avec ma taille supérieure à la moyenne Japonaise les gens s’écartent sur mon passage, la première série en a vraiment pâti, il n’est pas aisé de prendre les passants de près et de face.
Alors que je privilégie la couleur, je comprends néanmoins quelques idées de l’utilisation du noir et blanc, qui peut complètement sauver une photo ou améliorer l’isolation d’un sujet.

Black and white picture portrait of a japanese woman in the street

Trajet

Voyant petit à petit les deux séries avancer, je me rends compte que presque tout les sépare : l’une représente l’humain présent, l’autre le matériel et le passé. Il y a cependant un point commun, c’est quasiment à chaque fois la solitude. Rarement je prends deux personnes, je n’y avais pas réfléchi, mais c’était comme ça.
Mes séries avancent bien et je suis persuadé de pouvoir les présenter ensemble – probablement dans un livre, mais il manque quelque chose. Prenez de la mayonnaise par exemple, c’est là où en est mon projet. Il me faut un troisième ingrédient, transformer ma mayonnaise en rémoulade – que beaucoup appellent mayonnaise par abus de langage et de moutarde – ajouter une sorte de liant pour que cela prenne.
J’ai des têtes et des maisons, au cinéma j’aurais les acteurs et le décor, mais pas l’ambiance. Par présentation et contextualisation j’ai bien quelques rues couvertes d’Osaka, où ça sent le tabac froid et les toilettes sales, où seuls les néons sont allumés pour présenter des magasins volés baissés depuis des années. Ça fout vraiment le cafard, avec de la guitare hawaïenne en fond, et un ou deux troquets où des mecs chantent seuls un karaoké au comptoir, sans trop savoir s’il est 14 ou 23h.

A bar with a lonely man, during the night
Street with only closed shops

La solution s’offre à moi dans ces galeries, l’art graphique urbain présent sur ces vieux rideaux de fer sont la moutarde : ils représentent des personnes seules sur des magasins fermés, bingo. J’ai la chance de pouvoir parcourir ce quartier plusieurs fois, et de trouver d’autres galeries – c’est plutôt simple il faut aller dans les endroits déconseillés par le guide pour en trouver.

Street art on closed stores

Retour

Je parle du côté pratique du tri en bas de ce billet, mais d’abord le côté logique. En deux jours j’ai trié les photos et choisi celles que je garde. Beaucoup me diront que c’est bien rapide, et je les entends, mais je tiens à donner deux raisons dont chacune est suffisante : trier à chaud évite la sélection par nostalgie d’un lieu ou d’un moment, et sachant où je vais je sais quel type de photos je veux présenter, pas besoin d’attendre 1 mois ou plus.
Si je peux tirer une conclusion à tout cela : le voyage n’apportera réellement rien de plus que d’autres sujets pour les thèmes que vous appréciez déjà. On peut s’améliorer uniquement en réfléchissant et en suivant une boussole, pas simplement en se décalant de 10, 100 ou 1000 km. Sans quoi les ch’tis et les marseillais, après Cancun Ibiza Las Vegas et autre seraient tous chez Magnum.
Je termine avec choses pratiques, c’est pas vraiment mon domaine, mais si ça peut vous être utile tant mieux.

Choses pratiques

La sauvegarde
Pardonnez moi de ne pas illustrer avec une photo de carte SD ou de disque dur.
Pour la sauvegarde, j’ai utilisé la méthode suivante : chaque carte SD est en double dans l’appareil, la carte 2 est en copie de la carte 1. Le soir je copie les fichiers sur un ordinateur portable ET sur un disque dur externe (l’ordi à 8 ans, je n’ai plus trop confiance). Quand la carte 1 est pleine, je la verrouille. Je formate la carte 2 et la passe en première position, et je mets une carte 3 en copie de la carte 2; les cartes pleines sont toujours sur moi, l’ordinateur reste “chez moi”.
Cela paraît peut être un peu alambiqué, mais cela permet d’économiser de l’espace, d’avoir toujours deux cartes efficaces en attendant la copie – et croyez que cela arrive, j’ai une carte quasiment pleine qui a crashé la veille du retour.
Enfin, j’ai fait un premier tri quasi quotidien sur le portable, en jetant uniquement les photos objectivement nulles ou ratées. De toutes manières elles restent sur les cartes.
Le tri
Pardonnez moi de ne pas illustrer avec une photo de fichier.
C’est une partie un peu fastidieuse, mais vous comme moi en voyage ne faites sans doute pas uniquement des photos de rue. Monuments, portraits de famille, cuisine, paysages, il y a aussi tout cela que j’entre dans la catégorie “photo souvenir”.
J’ai utilisé une méthode plutôt rationnelle qui fonctionne, et je ne vous apprends sans doute pas grand chose : il s’agit d’un tri par label couleur dans Lightroom. N’en prenez pas trop de différentes sans quoi vous risquez de vous perdre ou de douter sur le positionnement d’une photo dans tel ou tel autre groupe, mais une fois cela fait c’est largement rentable, le temps gagné pour la suite est indéniable.
By |2018-07-10T18:58:38+00:00juillet 10th, 2018|Non classé|0 Comments

About the Author:

Streetphotographer in Lille, France. Like to travel, to eat and cook, and good music.

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