NFT et photographie

Si vous allez parfois sur internet, ce qui est probable vu que vous lisez ces mots, vous en avez sans doute au moins entendu vaguement parler : les NFT sont une révolution. Le sujet étant jeune, les avis divergent et il peut sembler difficile d’aborder le sujet : il y a celles et ceux qui sont pour et trouvent l’idée géniale, celles et ceux qui s’en foutent et n’en parlent pas, et celles et ceux qui trouvent l’idée complètement absurde. C’est donc extrêmement polarisant, et il semblerait que personne n’arrive à expliquer calmement avec des arguments rationnels et convaincre les parties adverses.

D’aucuns seraient tentés d’y voir un clivage entre jeunes et vieux, entre ère numérique et préhistoire, entre capitalisme et communisme; certains arguent de liberté, d’indépendance, de renouveau de l’art. Il existe un tas d’arguments et de contre-arguments, et je vais vous livrer ici l’aboutissement de certaines lectures et réflexions.

Quand j’ai entrepris la rédaction de cet article, je pensais le faire avec neutralité, comme je l’ai fait par le passé sur les Concours Photo ou le Bullshit Photo, mais je dois vous avouer qu’aujourd’hui mon avis est tranché, et je ne peux défendre raisonnablement le monde des NFT : c’est une vraie saloperie en l’état actuel des choses. Aussi, au moment où j’écris ces lignes, les NFT fonctionnent d’une certaine manière, avec certains réseaux et certains impacts. Si l’ensemble venait à changer, il est évident que je modérerais largement mes propos et pourrais, pourquoi pas, moi aussi changer d’avis et essayer de vendre plein de NFT.

Que sont les NFT ?

Pour partir sur une base saine, je vais définir au mieux ce qu’est un NFT.

Wikipedia donne cette définition :

Un jeton non fongible (NFT, de l’anglais non-fungible token) est un type spécial de jeton cryptographique qui représente un objet numérique tel une image, une vidéo, un fichier audio, auquel est rattaché une identité numérique qui est reliée à un ensemble non-vide de propriétaires. Son authentification est validée grâce au protocole d’une blockchain qui lui accorde par là même sa première valeur. Les jetons non fongibles ne sont donc pas interchangeables.

En synthétisant, le NFT est un jeton numérique certifiant la propriété d’un objet et son unicité; cela étant vérifié à sa création au moyen de calculs dans un réseau transparent.

Pour donner une image physique à la chose, imaginez la carte grise d’une voiture : c’est le certificat prouvant que vous en êtes propriétaire, y sont inscrites les caractéristiques de votre voiture comme la marque, la couleur, la masse ou le numéro de série qui la rend unique – et c’est délivré par un organisme transparent et officiel. Le NFT, c’est la carte grise. La blockchain, c’est le réseau gouvernemental qui est tenu à jour et qui dit que cette voiture vous appartient. Et l’œuvre d’art dans tout ça ? C’est la voiture. Elle n’est pas dans le système qui fait les cartes-grises, elle est ailleurs, dans un garage ou sur la route. L’objet numérique que représente le NFT est sur un serveur, ou ailleurs, ou nulle part.

Donc le NFT n’est pas l’objet, mais sa « carte grise ». En achetant un NFT, vous achetez la preuve que l’objet est unique, sa description, mais vous n’achetez pas l’objet lui-même. L’œuvre représentée par le jeton n’est pas stockée sur la blockchain, elle est comme latente. Elle peut être stockée sur un serveur par son propriétaire, par une galerie en ligne ou chez vous, mais elle n’est pas figée quelque part sur un réseau.

D’ailleurs, si l’objet « rattaché » au NFT est une photographie, cela peut être un fichier JPG que vous pouvez envoyer par mail ou imprimer, mettre en fond d’écran, peu importe.

Regardez comme Jack Butcher définit le NFT sur Twitter :

Jpg about NFTs

Si l’image est effacée de tous les supports, c’est comme si votre voiture disparaissait dans un trou noir parce que vous n’avez pas vu le panneau « attention au trou noir », vous avez toujours la carte-grise mais la voiture n’est plus là. Vous n’avez physiquement plus de voiture, mais vous en êtes encore propriétaire, c’est sûr et vérifié.

Je ne saurais blâmer la technologie NFT sur ce point, puisque ça n’est qu’une question de conservation d’un fichier et je pense que si vous savez acheter un NFT vous êtes aussi capable de stocker un fichier de façon sécurisée.

Que faire avec un NFT ?

Exposer et vendre son travail

Le NFT a l’avantage d’être dématérialisé : vous pouvez donc le créer (« mint-er » pour la version française de l’anglais « monnayer » je suppose), le vendre, l’acheter n’importe quand et n’importe où. Voici ici l’un des premiers arguments de ses défenseurs : l’accessibilité. Nul besoin d’être plus malin que la moyenne pour acheter un NFT, vous allez sur un site de vente, payez et devenez propriétaire.

C’est ici un moyen universel de montrer son travail et de le vendre, et ça semble être une excellente idée : moins d’intermédiaires, plus d’argent pour l’artiste et une possibilité de s’émanciper des acteurs habituels dans le domaine de la représentation et de la vente d’art comme les revues, les galeries ou les agents.

Après avoir tweeté, Jack Butcher a eu la bonne idée de créer un NFT qui s’est vendu plus de 250000 USD.

NFT about NFT

En lieu et place de tout cela, une grande communauté fraternelle où l’on parle NFT, mange NFT et dort NFT.

Mais est-ce réellement si démocratique que ça ? Très vites sont arrivées des galeries en ligne où exposer et vendre ses NFT, et devinez quoi ? Cela fonctionne, pour les plus réputées comme Foundation, à la cooptation. C’est totalement logique, je les vois mal noyer leurs pages web sous des dizaines de milliers d’aperçus sans aucun tri, mais le côté « démocratique » n’y est plus vraiment.

De plus, beaucoup de ces plateformes n’acceptent que les paiements en ETH (Ethereum, une crypto-monnaie), ce qui est clairement une barrière technologique pour la majorité des humains. Ca n’est pas une obligation, certains sites acceptent les paiements par carte, et les grandes maisons d’enchères qui s’y mettent privilégient les monnaies courantes, mais je suppose que ça permet aux plateformes d’économiser tant sur les taxes que sur les frais de change, tout en gardant une sécurité optimale lors des paiements.

NFT for sale

Pour bien vendre, il ne faut pas uniquement avoir créé l’œuvre qui plaira à coup sûr. Certes plus besoin de démarcher les galeries, mais le réseau et l’influence auront un impact sur la vente; si Banksy sort un NFT demain, nul doute qu’il se vendra très cher. En NFT ou dans le monde physique de l’art, les règles sont finalement les mêmes. On peut vous faire miroiter que n’importe qui peut s’enrichir, mais celui qui a 3 millions d’abonnés sur Instagram y arrivera bien plus vite que celui qui en a 3. Combien d’artistes sortis de nulle part vendent ?

Posséder des œuvres NFT

Vous pouvez bien sûr acheter des NFT, mais qu’en faire ? L’œuvre derrière étant généralement stockée sur un serveur, vous pouvez l’imprimer si elle est jolie ou la laisser là où elle est si elle est moche, ou la revendre. Acheter un NFT c’est aussi jouer de la spéculation, espérer que l’artiste explose (pas littéralement) pour gagner une fortune.

La marque Atomic Form a créé un cadre connecté relié à votre portefeuille NFT afin de pouvoir les afficher chez vous. C’est une idée, mais n’importe quel écran pourrait faire le boulot, vu que l’on affiche une image et non le NFT. Sauf qu’ici c’est certifié, validé, sûr.

Atomic Form NFT display

Vous me direz peut-être qu’on s’en moque d’avoir un moyen d’affichage qui soit-disant certifie, jamais ça n’arrive que votre cousine qui vient manger vous dise « Eh mais ! C’est toi le proprio de l’image ? Prouve-le ! » en voyant un cadre au mur. Mais si, ça existe. Et pourtant rien sur le cadre n’indique « ceci est un cadre NFT qui prouve que l’image affichée appartient bien à Monsieur Untel« . Ou alors c’est un truc de connaisseurs : « Ah mais t’as le cadre Atomic Form je le reconnais ! C’est donc toi le propriétaire de cette image ! Bravo ! ».

La marque de ce cadre va plus loin dans son intégrité, regardez donc l’argument massue qui vous convaincra à coup sûr :

"Nous vérifions avec la blockchain afin de confirmer que vous êtes bien le propriétaire du NFT. Désolé, vous ne pourrez pas télécharger un .jpg et le diffuser sur nos écrans." 

Ce n’est pas une blague. Les types brident l’écran parce que quand-même, faudrait pas qu’on affiche une image qui n’est pas absolument vérifiée par un NFT. Ce n’est pas une blague mais c’est vraiment drôle de voir qu’on peut prendre des gens pour des idiots à ce point. J’espère qu’ils ont prévu un écran de veille en cas de coupure internet ou de crash du serveur sur lequel est stocké l’image.

Certifier l’authenticité

Le NFT certifie l’authenticité de l’œuvre, c’est inéluctable et un autre argument régulièrement avancé en faveur de cette technologie. Mais en photographie, est-il absolument nécessaire d’avoir une preuve numérique ? Connaissez-vous beaucoup d’histoires de fausses photographies ?

Il y a certes l’affaire des faux tirages de Man Ray – en somme d’excellentes reproductions qui ont fait illusion jusqu’au Metropolitan Museum of Art de New-York, mais elle est plutôt unique. Actuellement, les photographes conservent pour la plupart les fichiers originaux en plusieurs exemplaires, les tirages peuvent être numérotés, signés, tamponnés et avoir un certificat d’authenticité, et les faussaires ont mieux à faire que de s’attaquer au petit marché de la photographie d’art. Et s’ils le faisaient, il est à présager que les très grands photographes connus seraient les premiers touchés, mais sûrement pas des photographes « un peu connus sur internet ».

Donc l’argument de l’authenticité, s’il peut s’entendre, n’est pas non plus si fort que ça.

Une alternative possible

Il serait pourtant aisé pour n’importe quelle plateforme affichant des photographies de laisser la possibilité d’acheter des NFT des images affichées. Dans ce cas là, l’acheteur paierait comme il le souhaite la plateforme, sans crypto-monnaie, qui procéderait au mint du NFT à la demande, prendrait une commissions et réglerait l’artiste vendeur. Là ça serait totalement démocratique. Ainsi cela permettrait à chacun d’acheter ce qu’il veut sans qu’il n’y ait le moindre mint préalable. Cela éviterait tout au moins de minter des NFT invendus, et vous allez voir que c’est un enjeu assez important.

L’absurdité du NFT

Vous me voyez venir, je ne vous ai toujours pas dit comment créer un NFT, et je vous parle de « mint ». Il n’est ici pas question de menthe anglaise, mais de création du jeton. Si vous voulez faire un NFT, il faut que la blockchain vérifie le fichier et crée un jeton correspondant. C’est ça, le « mint ». Et pour « minter » il faut que l’artiste sous-traite à des plateformes, un prix qui change très régulièrement mais compris généralement entre 50 et 150 euros – encore une fois ici les paiements sont en ETH bien sûr.

Le problème du mint, c’est qu’il exige une quantité assez folle de calculs, et comme les cryptomonnaies ça engendre un coût environnemental conséquent.

NFT et environnement

Avant d’en venir aux NFT proprement dit, il est je pense utile de vous rappeler quelques données :

  • En mars 2021, le minage d’Ethereum consommait 26.5 Térawattheures / an, autant que l’Irlande; en mai 2021, le minage du Bitcoin consommait 143 Twh / an, consommation annuel de l’Egypte ou de l’Ukraine.
  • Le fonctionnement de ces cryptomonnaies rend chaque transaction plus énergivore que la précédente : une transaction en ETH consomme environ 70 KWh, soit l’équivalent de la consommation moyenne d’un français pendant 10 jours. Une transaction en BTC consomme environ 1800 KWh, l’équivalent d’un ménage américain pendant 62 jours. (Plus d’explications dans cet article du NY Times si le sujet vous intéresse).
  • Il y a plus de minage dans les secteurs où l’énergie est la moins chère. Probablement là où l’énergie est la moins propre.

Cette dépense énergétique est due au fonctionnement de ces deux cryptomonnaies majeures : la Proof of Work – (Preuve de Travail); je ne m’attarderai pas sur le fonctionnement, mais cette vidéo sous-titrée en français l’explique très clairement.

Revenons aux NFT ! Combien cela consomme-t-il de minter une photographie ?


L’artiste Akten a mis en ligne le site Cryptoart.WTF (down depuis mars 2021), sur lequel il a analysé 18.000 NFT pour arriver à la conclusion suivante : chaque mint consomme autant d’électricité qu’un américain moyen pendant un mois.

L’artiste Beeple, qui prend soin de compenser les émissions qu’émettent ses NFT a estimé le coût de compensation carbone à environ 5000USD par jeton créé. Cela fait environ 1.5 ETH au cours d’octobre 2021. Il est donc raisonnable de penser que tous les NFT’s vendus en dessous de cette somme ne seront nécessairement jamais compensés.

Dans un article du Time, Camilo Mora, professeur de géographie et d’environnement à l’Université de Hawaï déplore que du point de vue de l’artiste, il paye juste un site pour avoir un jeton, cela masquant le coût environnemental. Alex de Vries, économiste se penchant sur les conséquences des tendances technologiques ajoute : « Vous ne voyez pas que votre argent va à un mineur qui va payer de l’énergie fossile, c’est le vrai problème. »

Et il a raison, puisque actuellement le vrai problème des NFT est là : l’environnement. Et inversement.

Joanie Lermercier, artiste français, a vendu six NFT sur Nifty Gateway, la vente seule a consommé 8.7MWh, soit 1.5 fois la consommation moyenne d’un européen en un an. Et les œuvres ont été revendues peu après, répétant ce coût. A chaque nouvelle vente, une nouvelle dépense énergétique au moins égale. Et il est possible pour l’artiste d’avoir une forme de royalties, de gagner un pourcentage de chaque revente.

La spéculation crée donc une pollution sous forme de traînée :

  • un NFT créé consommera de l’énergie
  • sa vente – de par la transaction – consommera de l’énergie
  • sa revente également, et ainsi de suite.

NFT et éthique

Quand on lit les débats sur Twitter, on pourrait penser que « les jeunes comprennent les NFT et les vieux les décrient parce qu’ils ont peur de la nouveauté« , mais c’est plus subtile que ça. N’entend-on pas souvent que les boomers polluent, qu’ils laissent la charge environnementale aux générations futures et qu’ils ont profité de tout sans regarder à l’économie de la planète ?

Pardonnez-moi de le dire sans plus de tact, mais après la lecture des différents articles de presse et spécialistes sur la question, minter un NFT en connaissant son impact environnemental aujourd’hui, c’est être un connard et un égoïste. Bien sûr, celui qui n’a pas pris le temps d’étudier l’enjeu écologique est excusé, jusqu’à maintenant.

Comment oser dire « ma photographie vaut bien que je surconsomme en énergies fossiles » ? Si je dis « connard égoïste », c’est vraiment pas très sympa; mais c’est à relativiser avec le fait que celle ou celui qui mint crée du réchauffement, et il ou elle ne sera pas parmi les premiers à en souffrir. Celles et ceux qui en souffriront n’auront sans doute jamais entendu parler de NFTs, et ont déjà d’autres soucis sûrement bien plus grave que de se faire accepter sur telle ou telle plateforme à la mode pour espérer se faire un billet.

On rejoint ici un autre sujet corrélé : l’éthique des cryptomonnaies. Le but premier était de promouvoir des échanges libres en laissant de côté les organismes de contrôle financier, qui à mon sens à l’usage a été totalement dévoyé.

Ainsi Jackson Palmer, créateur du Dogecoin – une cryptomonnaie parodique qui a finalement absurdement grimpé a montré une froideur certaines quant à ce phénomène.

Jackson Palmer talks about crypto-currencies and capitalism
« Après les avoir étudiées pendant des années, j’en arrive à la conclusion que les cryptomonnaies constituent une technologie intrinsèquement de droite et hyper-capitaliste, construite pour augmenter la richesse de ses partisans grâce à un mélange d’évasion fiscale, de faibles régulations et de rareté artificielle »

Cet article de Numérama explique ses propos, et force est de constater que plus le temps passe, plus les cryptomonnaies sont proches de l’idéal libertarien. J’avais dit « égoïste » ? Libertarien et égoïste, ça rime bien.

À l’heure des Pandora Papers – il y aura sans doute eu d’autres scandales financiers le jour où vous lirez ces lignes – on ne peut pas jouer sur des monnaies virtuelles qui s’affranchissent, pour l’instant, de quasiment toutes taxes et critiquer les évadés fiscaux.

Quel avenir pour les NFT ?

Je me garderais bien de tenter une quelconque prédiction hasardeuse, les NFT étant conditionnés aux plateformes qui les distribuent, aux habitudes des usagers, aux variations des volatiles cryptomonnaies et à un tas de paramètres que je dois ignorer.

Cependant, une dernière tendance émerge : la création de NFT par des musées, afin de partager des œuvres qu’ils possèdent.

Dans cet article de FranceTVInfo, on peut lire que le British Museum à mis en vente 200 NFT différents, avec six niveaux de rareté : de l’exemplaire unique au jeton « commun », plus accessible, vendus à hauteur de 10000 exemplaires. Ca en fait combien, des Mégawattheures ?

Tout cela en arguant, sans sourciller, de l’accessibilité. Et l’argument de « l’objet unique », quand on numérote de 1 à 10000, on peut l’oublier – cela me rappelle une célèbre galerie de photographies qui vend des tirages en édition limitée à 5000 exemplaires.

D’ailleurs, vendre en tant qu’objet unique le NFT d’une œuvre qui est déjà dans le domaine public ne vous semble pas clairement absurde ? Surtout quand le prix du jeton commun est supérieur à l’ensemble de la bibliographie de l’auteur.

Sachant que le musée touchera un pourcentage de chaque revente, il a tout intérêt à communiquer sur la simili-rareté et faire jouer la spéculation.

Conclusion

Dans l’état actuel de distribution et de calcul des principales cryptomonnaies, le NFT est une hérésie environnementale. N’hésitez pas à sensibiliser les photographes hésitant à s’y plonger, tant sur le plan éthique qu’environnemental. Celui qui fait des photos de nature et en mint des NFT est à mon humble avis dans la plus grande des contradictions.

Pour le certificat d’authenticité que cela apporte, pourquoi pas, mais en photographie ça reste somme toute limité. Enfin, la dématérialisation de l’objet photographique est – et ce n’est là qu’un avis tout à fait personnel – dommage, tant il existe de beaux papiers, de beaux livres et d’encadrements afin d’avoir un objet physique lui aussi unique et sensible.

Afin d’avoir un avis extérieur à la photographie, j’en ai discuté avec un copain artiste qui travaille des matières, et il m’en a donné un avis tout aussi sévère :

Tout ça pour des œuvres inexistantes physiquement, mais qui ont un impact environnemental pire que si c’était genre des sculptures en résine et mdf

un copain artiste

Voilà. Si vous voulez faire des NFT, prenez votre mal en patience, attendez que ça devienne un peu moins sale et vous ne vous en porterez pas plus mal pour autant.

En attendant, vous pouvez toujours ajouter des hashtags NFT sur vos publications Instagram, vous verrez plein de petits messages vous invitant à soumettre vos images à tel ou tel site; sans surprise, les bots ont compris le filon et vous proposeront contre de la vraie monnaie cette fois de vous faire une campagne de publicité.

Dans tous les cas, demandez-vous toujours quelle est la valeur ajoutée du NFT en photographie. Pour le client, rien de plus que le fichier jpg visuel, pour le vendeur une solution plus simple que l’envoi d’un tirage; les mineurs de crypto et les plateformes de partage s’en tirent mieux. Quant à la spéculation espérée, rendez-vous dans quelques années. Ne vous laissez pas forcément convaincre par la hype, pesez bien les arguments que l’on vous sert en boucle – car ce sont souvent les mêmes que ceux cités au dessus – et ne croyez pas en l’argent facile.

Bonne journée.

23 Comments

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bravo Richie! Cette contribution qui démysthifie les NFTs est claire, argumentée,et ne laisse aucun doute quant à la validité actuelle de ce système énergivore et si peu démocratique. Mais quand prendra-on conscience de l’urgence qui préside à stopper la marche à l’abîme et au profit sale? Merci pour ce travail et sa diffusion!

Merci pour ton passage ! Tout n’est pas à jeter dans les NFT, il y a pas mal d’applications qui sont vraiment prometteuses, mais sans crypto et surement pas dans le but de spéculer.

Merci à toi pour cet article éclairant. On pourrait vite basculer dans le déplorable avec ces NFT. Si seulement ça pouvait être un mouvement réversible !

Super article Bravo !! 😉
Le pire encore c’est la qualité des œuvres même avec beaucoup de volonté et de subjectivité la plupart ont l’âme et esthétique de tutoriaux photoshop qui fait ça n’a visiblement n’a jamais ouvert un bouquin en rapport avec l’art…

Très bonne analyse Richie! Je m’étais intéressée un temps aux NFT et je trouvais que le passage par les crypto était à la fois compliqué et pas très net. Cela dit, on annonce une nouvelle génération de crypto qui ne seraient pas minées et seraient beaucoup moins énergivores. On va voir comment cela évolue.

Oui, c’est là le principal problème; mais avant qu’une nouvelle monnaie stable et en laquelle les gens aient confiance arrive, il y a du temps. Faut voir si l’eth arrive à changer.
Merci de ton passage !

Merci pour ton explication, j’ai envoyé ton article aux amis en leur écrivant qu’il s’agissait d’un problème de calcul de robinets mais de ceux qui débitent à plein régime. Mais nous l’avions vu venir, nous avons sauté à pieds joints sur les réseaux et comparativement aux NFTs, ce que les réseaux sociaux ont consommé en énergie depuis 18 ou 19 ans est l’équivalent de centaines d’années de consommation d’un foyer ou d’un pays, les consommations des data centers doubles tous les ans et il s’en construit de plus en plus grand, la boucle et bouclée. Au final, quand bien même, NFTs aurait quelques atouts, ceux-ci ou ceux-là c’est bonnet blanc et blanc bonnet en terme de résultat. Merci pour cette possibilité d’échange.

Merci d’être venue !

Le consommation de Facebook est égale à celle d’un TGV roulant en permanence; le cumul de fonctionnement des RS n’est pas neutre, loin de là, mais largement dépassé par certaines cryptomonnaies autrement plus jeunes.

Je comprends ton calcul mais ne crois-tu pas qu’en plus des NFTs il faut aussi compter tout le reste, de la production de chair animale, à la déforestation, aux énergies fossiles et tout le toutim, j’en ai le vertige car absolument tout ce que nous consommons a un impact, bref, la conclusion est infaillible, nous avons dépassé les bornes.

Merci pour cet article. J’avais bien compris le système des NFT mais n’en connaissais pas le coût environnemental qui fait froid dans le dos (en attendant que ça se réchauffe).

Pour « mint » il me semble qu’on dit « miner »

Les hommes sont ainsi fait et ils continueront à consommer sans relâche dans le but de faire de l’argent pour pouvoir consommer un peu plus. Quelle naïveté et quel égoïsme qui année après année nous rapproche du chaos final !! Dans quelques dizaines d’années le problème sera de trouver à boire ou de quoi manger sans se soucier de protéger l’appartenance d’une œuvre quelconque !!

Je te suis 5/5, et pour ma part, j’en suis arrivée à une croyance, celle de l’évolution de la conscience et que cette tragédie n’aurait d’autre finalité que de nous up grader pour un nouveau cycle (et non pas le retour du même comme le pensait et croyait Nieztsche). Si je ne croyais pas en cette possibilité, cela signifierait que nous sommes déterminés à nous tirer une balle dans le pied. Nous serions complètement soumis à notre génétique, aucun libre arbitre, conscience bridée, intelligence avec? oufffff c’est chaud de vivre avec cette idée, et justement, c’est ce qu’a écrit Nieztsche, savoir cela et le vouloir toujours, tel serait le surhomme, les autres étants des tièdes. Hum… j’ai lu que pour Hannah Arendt, chaque naissance est un miracle en cela que chaque vie est une possibilité nouvelle, un esprit nouveau. J’ai toujours su et cru cela avant de savoir que Arendt l’avait écrit. On va passer un sale quart d’heure, c’est sur, et nos enfant avec mais ils-elles vont s’élever pour vivre et connaître la joie d’aimer et d’être aimer, comment l’humain pourrait-il renoncer définitivement à l’amour? je ne peux y croire.

Super article, bien expliqué et bien documenté.
Je m’étais jamais penché sur le sujet. Je pensais naïvement que c’était un truc hype qui passerait de mode.
Au final c’est un belle merde cette saloperie.

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